Sur la route...

lundi 27 avril 2015

Au cœur de la Colombie

La chance nous sourit, nous sommes rentrés dans un cercle vertueux. Nous avons tout : une moto en règle, un pays magnifique devant nous et ce sentiment de sécurité et de liberté que nous cherchions. Nous quittons le DIAN (le département des douanes) de Bucaramanga avec le permis d'importation temporaire de la moto à notre nom. Ce document clé nous manquait, nous avions quitté Carthagène la queue entre les pattes, les douaniers ayant refusé de nous octroyer ce papier magique. Dans l'illégalité, la suite du voyage s'annonçait stressante. Sans aucune certitude, nous avons rejoint au plus vite Bucaramanga où vit Alex, l'ancien propriétaire de la moto. Ceci afin d'organiser une expédition à la frontière Vénézulienne pour réimporter le véhicule sur le sol Colombien. Folies administratives! Nous tentons quand même notre chance au bureau des douanes de Bucaramanga. Bonne pioche, les douaniers ne maîtrisent pas bien ce point particulier de la loi et nous délivrent l'autorisation de circuler en une demi journée. Nous voilà soulagés, nous fêtons notre vrai départ avec Alex autour d'une bière.

Nous préférons oublier les premiers 800 kilomètres depuis Carthagène, qui nous auront offert une image négative et non représentative du pays que nous avons tant aimé. Des lignes droites interminables, pas un mètre de bas côté sans détritus, des villages miséreux et une ambiance pesante. Le mal être culmine autour de Bosconia, lorsque nous traversons des villages couleur pétrole, sacrifiés à la contrebande de l'or noir.

Changement de décor. Nous rentrons au coeur du voyage et du pays dans le département de Santander. La route s'élève et serpente dans des paysages qui se font chaque jour plus harmonieux. Les villages fleuris et accueillants se succèdent. Les habitants nous offrent leurs plus beaux sourires.
A Giron, nous assistons, un peu médusés, à une procession religieuse très démonstrative. Comme dans toute l'Amérique latine, la foi chrétienne est omniprésente. En cette période de semaine sainte, cela devient carrément exubérant.
Au détour d'un virage, notre regard se porte sur un petit clocher blanc. Le paisible village de Curiti est regroupé autour. Nous y faisons une nouvelle escale très plaisante. De la fenêtre de notre chambre douillette, nous observons avec délice la beauté du jardin de notre hôte. Sa petite fille rentre de l'école et nous sert gentiment un café. Nous savourons cet instant simple et apaisant.
Nos journées de moto sont rythmées par les pauses jus de fruits. Orange, mûre, fraise, mangue, narangille, il y en a pour tous les goûts et pour deux francs six sous. La météo se fait capricieuse en montant vers le plateau de Bogota. Il crachine, nous croisons des 4L et les vaches normandes pâturent dans les prés. Sommes nous rentrés à la maison? Nous roulons le sourire aux lèvres jusqu'à la tombée de la nuit. A chiquinquira, il nous faut trouver un toit. Chose facile en temps normal, cela s'avère très laborieux ce soir. Surprise! Nous sommes dans une ville sainte. La veille de Pâques. Hôtels blindés, prix doublés, on est mal tombés...
Aux abords de Bogota, nous décidons de l'esquiver, effrayés par la circulation et le nuage de pollution qui se dessine à l'horizon. D'une manière générale, nous préférons éviter les grandes villes, à moins d'y avoir un guide. Ainsi nous contournons la capitale par l'ouest et découvrons des paysages "vert irlande" voués à la production laitière. La route est bordée de petites crèmeries, on ne se fait pas prier pour déguster fromages, crèmes fouettées et riz au lait.
Dans les collines boisées de Villeta, refuge dominical des Bogotiens, nous dénichons un petit coin de paradis. Faute d'hôtels dans les parages, Asusena nous loue une chambre coquette dans sa maison de campagne. Avec sa fille et son gendre, nous partageons le dîner et l'ambiance familiale en ce week-end de fête. Nous sommes bien loin de la Colombie qui fait peur.
Entre la vallée luxuriante du rio Magdalena et les hauteurs alpines de Letras, nous changeons plusieurs fois de climat en quelques heures. Sur quatre-vingt kilomètres, la route ne cesse de monter jusqu'à un col à 3900 mètres! Une pensée pour les cyclistes courageux, nous ne sommes pas mécontents d'avoir un moteur entre les jambes dorénavant.
Nous arrivons dans la zona cafetera, à Perreira, sous une pluie battante. Paulo, contacté sur couchsurfing, nous a donné rendez-vous en centre ville. "Suivez moi!". 4X4, pied au plancher, il conduit à la Colombienne (comme s'il avait plusieurs vies). Nous peinons à le suivre sur la piste étroite grimpant jusqu'à chez lui, nous imaginons la vue imprenable que nous aurons au réveil. En attendant, la soirée s'annonce chaleureuse. La belle fermette en rénovation est un lieu de rencontre internationale. Ce soir autour du feu qui crépite, s'organise un conciliabule entre Colombiens, Italiens et Français. Au menu : fondue de fromage!
Le petit-déjeuner nous attend sur la grande table. Pour nos papilles, un bon café du coin. Pour nos yeux, une vue plongeante sur les collines. Pour nos oreilles, le bourdonnement caractéristique du vol des colibris. La région est superbe, malgré la pluie, nous décidons d'explorer les environs. Nous testons les premières pistes et franchissements de rivières avec la moto, qui semble aussi enthousiaste que nous. Nous découvrons une mosaïque de paysages agricoles. Du café bien sûr mais aussi des bananeraies, des patates, des oignons, le tout entouré par des forêts variées. Nous fêtons Pâques, non pas avec de l'agneau, mais avec de la truite, la spécialité locale. S'en suit un petite balade digestive dans le charmant village de Salento à l'ambiance familiale. Manque plus que la poule en chocolat!
Nous quittons Paulo et Gloria, nos hôtes au cœur généreux et continuons à nous perdre sur les petites routes de la zona cafetera. Au hasard d'un chemin, Diego nous interpelle. Longtemps installé aux Etats-Unis, il est revenu sur ses terres natales (à moto!) pour s'occuper de la plantation de café familiale. Lui et sa famille nous offrent, sans conditions, un bon repas, une visite de l'exploitation et un cargaison de fruits à faire plier la moto. Sur ses conseils, nous faisons chemin vers le village perché de Buenavista où nous passons la nuit. En soirée l'orage éclate, nous admirons, les pieds au sec, la foudre qui tombe au loin.

Aux abords de Cali, la route se fait plus monotone. Nous sommes à contre cœur sur l'autoroute, les champs de canne à sucre défilent. Pas de village de charme à l'horizon, nous décidons de nous arrêter dans un motel en bord de route. Une employée s'avance vers nous :

  • Buenas tardes.
  • Vous avez des chambres disponibles?
  • Oui, pour combien d'heures?
Euh, en fait ce serait pour la nuit! Nous comprenons sur le tard la signification de "Motel" en Amérique latine. "Motel Cupidon", on aurait dû s'en douter. Nous retournons sur nos pas un peu gênés et amusés à la fois. C'est alors, qu'un grand gaillard s'interpose. Arnold, la cinquantaine, cheveux gominés, chaîne en or et regard de maquereau, nous invite à le suivre. C'est le patron. Un peu intimidés, nous lui emboîtons le pas dans son bureau à l'ambiance feutrée. Il se présente en nous montrant sur son portable dernier cri, les photos de sa bécane hors de prix et de ses dernières vacances à Versailles. Solidarité motarde ou vantardise affichée, il nous propose de rester gratuitement dans la suite royale. Nous ne sommes pas déçus en arrivant dans la chambre. Ils ont tout prévu, un décor intime, des accessoires en tout genre et même une chaise longue à l'utilité très spécifique. Un menu sur la table de chevet, nous avons une petite faim. Justine jette un œil, à la lettre D : "d-d-déjeuner... Ah non pardon, dilatateur anal". Oups!

Direction Popayan, la citée blanche. Dans cette belle ville comme ailleurs en Colombie, on marche aujourd'hui pour la paix. Voilà un mois que le président Juan Manuel Santos a décrété un cessez le feu avec les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie). Plus que jamais, la population veut voir le mot colombe dans Colombie. En plus d'un demi siècle, le conflit opposant l'armée et la guérilla communiste a fait près de 220.000 morts et plus de 5 millions de déplacés. Crées à l'origine pour défendre les paysans pauvres contre les grands propriétaires, les FARC sont aujourd'hui classées organisation terroriste par de nombreux pays occidentaux. Leur implication avérée dans le trafic de cocaïne contribue à les discréditer au sein même de leur peuple. Le sujet est complexe et sensible.
Nous prenons de la hauteur en visitant le parc national de Puracé. Au terme d'une route enchanteresse dans les vallées verdoyantes, nous découvrons le paramos, un écosystème d'altitude particulier au nord des Andes. Les geysers et la roche basaltique nous rappellent que nous sommes en terre volcanique. Par cette journée pluvieuse, le ranger s’ennuie ferme dans sa cabane Il nous invite à déguster un jus de Panela chaud (boisson à base de canne à sucre) et nous explique la difficulté de co-gérer le parc avec la population autochtone. Nous terminons cette journée en beauté à 3000 mètres d'altitude en trempant nos fesses dans des sources d'eau chaude. Quel bonheur!

Toujours plus au sud, nous continuons les bons plans et les bonnes rencontres. Vers Pasto, nous faisons notre dernière nuit en Colombie. A la laguna Cocha, le paysage et le climat changent à nouveau, on se croirait en Ecosse. L'accueil, lui, est toujours le même, sincère et chaleureux.

La route est sublime jusqu'à la frontière Equatorienne. Nous y rencontrons un compère motard qui vient du Canada. Nous passons sans encombre la frontière ensemble et nous souhaitons bon vent. Après le poste de douane, au moment de remettre les gaz, nous nous retournons pour un dernier aurevoir à la Colombie, ce pays du cœur.


Procession à Giron

Dame blanche

Fabrication d'arepas

Cuisson d'arepas

Joli Curiti

Combinaison waterpouf

Où sommes nous?

Premières hauteurs andines

De retour en Normandie

Chez Paulo

3 guitares et une râpe

Zona cafetera

Petit lapin de Pâques

Amen

Cartophiles

P'tit dej de champion

Sourire de Diego

Coco

Soir d'orage à Buenavista

Déco rustique

Mode d'emploi de la chaise longue

Popayan, la citée blanche

Bienvenue au paramos

Moquette naturelle

Un ptit bain chaud?

Gautier, tu m'attends!

Douche nature

Couleurs pastel à Pasto

Laguna d'Ecosse?

Regards de veaux!

lundi 13 avril 2015

Nouveau souffle

A David, ville réputée pour être la plus chaude d'Amérique centrale, nos cerveaux bouillonnent. Des tonnes de questions fusent dans nos têtes. Continuons nous avec les vélos ? Si non, que fait-on et qu'en fait on ? Nous décidons d'aller chercher l'air frais pour apaiser nos neurones.
Le village de Boquete se situe à une heure de bus à l'ouest de David. Mille mètres de plus et quinze degrés de moins, nous respirons enfin. Réhydratés par la bruine légère et requinqués par de bons repas mijotés, nous nous refaisons une santé. Ce court séjour dans les montagnes Panaméennes marque une étape décisive dans notre voyage. Nous décidons d'arrêter le vélo. Et nous décidons de continuer à moto...
Nous mettons en place un plan d'action. Premièrement aller à Panama City et envoyer nos vélos en France par cargo. Deuxièmement, nous rendre à Colon et prendre un ferry direction la Colombie. Troisièmement, dénicher une moto capable de nous emmener jusqu'en Uruguay. Y-a plus qu'à !

Nous arrivons un samedi soir dans la grande ville de Panama. Maelys, bretonne expatriée, nous accueille chaleureusement dans son deux pièces du centre ville. Grâce à elle et ses amis, nous trouvons rapidement nos marques dans cette grande citée moderne qui tranche nettement avec nos derniers mois de barroudage. Bars branchés, grattes-ciels et métro tout neuf, c'est par le canal et son port que nous sommes le plus attirés. Conscients du gros trafic maritime dans la zone, nous sommes confiants pour l'envoi de nos bicyclettes en terre natale.
Nous contactons plusieurs boîtes de fret. Ils semblent concourir pour le devis d’envoi le plus cher au monde. Ils nous annoncent des prix de fous. Nous poursuivons notre quête chez les timbrés en poussant la porte de la Poste. L'addition est moins salée mais toujours trop élevée pour la valeur réelle de nos vélos. Que faire d'eux? Nous ne pouvons pas les abandonner. On doit trouver un acheteur au plus vite. La chance nous sourit, Eugenia, une amie de Maelys, tombe amoureuse de nos biclowns, nous lui faisons un prix cadeau. Nous sommes un peu tristes de quitter nos compagnons de voyage mais content qu'ils restent entre de bonnes mains.
Reste à gérer le problème des bagages. Nous faisons l'inventaire, il faut encore nous alléger. Nous gardons le nécessaire (un slip) et envoyons le superflu (les autres slips). Dans cette dynamique positive, nous réservons le ferry, trouvons un hôte à Carthagène des Indes et fixons un rendez-vous dans cette même ville avec un vendeur de moto. Tout s'annonce pour le mieux, nous sommes soulagés et en profitons pour faire les touristes.
Le musée national nous apprend beaucoup sur l'histoire mouvementée du pays et de la ville du même nom. L'espace d'une journée nous nous mettons dans la peau de Balboa (rien à voir avec Rocky). Ce navigateur espagnol fut le premier à découvrir l'isthme de Panama et la mer du sud (l'océan Pacifique). Une découverte qui changea la face du monde et précipita l'exploration du reste de l'Amérique. Nous sommes fascinés par la salle des cartes qui répertorie des illustrations du monde connu, de l'antiquité jusqu'au XVIè siècle. Longtemps la vision du monde est simpliste et veille à ne pas contrarier les principes de l'Eglise prônant la Sainte ignorance. Au fur et à mesure des conquêtes, les contours de l'Afrique et de l'Asie s'affinent. Mais ce n'est qu'après la découverte de Balboa que l'Amérique se révèle être un nouveau continent (et pas celui des Indes comme le pensait Colomb). A partir de là tout s'accélère et en quelques décennies la silhouette de l'Amérique est dessinée. Les grandes puissances européennes prennent conscience de l'immensité de ces nouvelles terres et de leurs richesses. C'est la course à la conquête pour les grands royaumes occidentaux (Espagne et Portugal en tête) qui vont se partager le gâteau sans pitié. Conséquences directes : l'asservissement (et souvent le massacre) des populations indigènes ainsi que l'essor de l'esclavage et de la traite négrière. Aujourd'hui le visage de l'Amérique reflète cette histoire extraordinaire et tragique. Sur ce sujet, nous avons aimé lire L'entreprise des Indes d'Erik Orsenna.
Le musée de Panama traite également d'un sujet plus attendu, le Canal. Des dizaines d'ingénieurs en chef se sont cassés les dents sur cet ouvrage exceptionnel inauguré en 1914. Soixante-dix-sept kilomètres de long, des maxi écluses de vingt mètres de hauteur, cinq mille ouvriers morts à la tâche, voilà pour les chiffres gargantuesques. Aujourd'hui 14000 navires géants du monde entier y transitent chaque année. Une vrai manne financière pour le pays compte tenu des droits de passage. Pas étonnant que la zone ait attirée les convoitises et soit toujours un lieu géo-politiquement sensible.

L'heure de la grande traversée approche. Nous faisons notre baluchon et préparons des vivres pour le trajet en bateau jusqu'en Colombie, qui doit durer vingt heures. Nous arrivons à Colon trois bonnes heures avant le départ, on ne veut pas le rater. Ça ne risque pas ! Le ferry est annulé. On est dégoûtés. Le prochain départ est dans cinq jours. Décidément entre Skagway en Alaska, Puntarenas au Costa Rica et Colon au Panama, le dieu des ferrys nous en veut. Cerise sur le gâteau, Colon nous paraît être la ville la plus moche et la plus malsaine de tout notre voyage. Sorte de ghetto géant affublé de tous les maux de la société moderne (drogue, prostitution, violence, etc.). Nous dénichons un hôtel qui n'est pas trop glauque, on s'y réfugie pour la nuit. Tout nos plans tombent à l'eau. On s'enfile une bouteille de rouge.
La nuit porte conseil. Nous avons cinq jours à attendre, nous allons les passer les pieds dans l'eau. Nous jetons notre dévolu sur un petit port de la côte Caraïbe dénommé Puerto Lindo (« joli port »). Au fond d'une crique, entre la jungle et la mer turquoise, le lieu est idyllique. En apparence. Rapidement nous décelons les limites du rêve Caribéen. La population est délaissée, la jeunesse zone et les adultes traficotent. Aucun poisson dans les cales des bateaux, aucun légume sur les étals, en revanche la bière ne manque pas dans les frigos. Toutes baffles dehors, du matin jusqu'au soir on nous impose une musique abrutissante, les chiens galeux parcourent la plage jonchée d'immondices à la recherche d'un bout de poulet. On se croirait dans les Kiribati décrites par Maarten Van Troost dans son roman La vie sexuelle des cannibales (on vous conseille le bouquin). Pour autant, on se fait à l'ambiance. Un matin, nous partons sur une frêle embarcation pour une pêche miraculeuse, enfin ! Nous faisons aussi la connaissance de marins français qui gagnent leur vie en embarquant des touristes vers la Colombie ou vers les magnifiques îles San Blas toutes proches. Depuis leur voilier mouillant dans la crique, la vie semble plus douce.

Cette fois nous prenons la peine de vérifier le bon départ du ferry. Nous avons hâte. Après quelques files d'attente à la douane, nous embarquons enfin avec cinq jours et une heure de retard. Le grand bateau nous mène à bon port, nous posons pied à Carthagène des Indes dans l'après midi du 24 mars. Nous voilà en Amérique du sud !
Le plan couchsurfing étant tombé à l'eau, nous nous rabattons sur une auberge de jeunesse de la vieille ville. Vers 18h00, Alex nous y rejoint. Ce jeune Australien voyageur s'apprête à rentrer au pays et se sépare de sa moto. C'est la deuxième fois en une semaine qu'il fait le voyage depuis Bucaramanga (1500 kilomètres aller-retour tout de même), car au premier départ annulé du ferry nous n'avions pas pu le prévenir à temps. C'est un vendeur motivé ! Le voilà qui arrive au guidon de sa Kawasaki KLR 650. Gautier l'inspecte en détails et part pour quelques tours de roue. Après 500 mètres, le voilà stoppé par la police. Oups ! Sans papiers et semble-t-il en infraction (mystérieuse interdiction de circuler dans le centre ville), les négociations s'annoncent dures. Alex vient à la rescousse avec les papiers et son expérience du pays. Nous sommes semble-t-il tombés sur un flic coriace et corrompu. Après deux heures de pourparler, il nous entraîne dans un coin discret. Nous n'avons pas le choix, son tarif est le notre : 300,000 pesos (100 euros). Bienvenue en Colombie !
Qu'à cela ne tienne, nous ne sommes pas à un découragement près. Nous faisons affaire dans la soirée. Les derniers jours ont été riches en émotions, nous réalisons à peine quel bel et chanceux achat nous venons de faire. Encore quelques paperasses à régler, les sacoches de vélo à adapter et nous serons prêts.

Pendant ce temps nous visitons la magnifique ville de Carthagène, sous l'écrasante chaleur des Caraïbes. Du fait de sa position stratégique au carrefour des routes de l'or et des esclaves, la ville fut longtemps convoitée par les pirates français et anglais. Les espagnols en ont fait une forteresse, la vieille ville est entourée d'une muraille de douze kilomètres. Avec ces balcons en bois fleuris, ces grandes battisses colorées et ces monuments religieux, l’intra-muros regorge de beauté architecturale. La ville classée à l'Unesco est également le premier site touristique de Colombie, et on comprend pourquoi.

Comme les corsaires du XVIè siècle, nous avons envie de vent dans les cheveux et d'aventures. A défaut de frégate nous avons une belle moto. Le 28 mars, nous mettons les voiles.


Jour d'inventaire

Art végétal

Admirez le style!

Panama City

Notre pêche miraculeuse

Marché ambulant

Bateau pirate

Isla Mamey de loin

Isla Mamey de près

Puerto Lindo de loin

Puerto Lindo de près

Embarquement pas immédiat

Port de Colon

Terre! Terre!

Partie interminable

Balcons fleuris

Couleurs de Carthagène

Carthagène by night

En route!


mardi 24 mars 2015

Pura vida


La Margarita et Thalassa ont fait peau neuve. Nettoyage, graissage, réglages aux petits oignons, nous récupérons nos vélos comme neufs. Ils sont prêts, tout comme nous. Prêts pour enfin enchaîner les journées de pédalage. Notre objectif : ne pas mettre un pied dans le bus jusqu'à Panama.
C'est ainsi que nous partons de bon matin en direction de Granada, ville coloniale sur les bords du lac Nicaragua. Au milieu de cette énorme étendue d'eau semblable à la mer, émerge l'île d'Ometepe, curiosité géologique rare avec ses deux volcans. Nous comptons nous y rendre en ferry mais celui-ci ne part que dans trois jours. Ne voulant pas couper notre élan, nous préférons rejoindre l'embarcadère de Rivas et y emprunter le bateau quotidien. De plus, l'ambiance froide et presque hostile de Granada ne nous inspire guère.
Après quelques kilomètres sur des routes tranquilles, nous débouchons sur la célèbre route Panaméricaine, bande d'asphalte de 25,000 kilomètres reliant l'Alaska à la Patagonie. Au centre, le Panama, qui comme la partie centrale d'un sablier concentre tout le trafic venant du nord et du sud. Déjà au Nicaragua, la circulation se densifie. Rajouter à cela l'absence de bas côté et la conduite inconsciente des chauffeurs routiers, c'est pas le pied ! Voilà que le vent s'en mêle, ça devient franchement flippant. Il faut se rendre à l'évidence, nous n'arriverons pas à Rivas ce soir, il nous faut trouver un campement pour la nuit. Dans ces plaines sèches vouées à l'élevage, nous misons sur la solidarité paysanne. Nous interpellons deux gardiens armés à l'entrée d'une hacienda. De méfiants, ils deviennent curieux puis généreux. Les coups de fils au patron se multiplient, on nous offre d'abord de dormir dans une étable abandonnée en bord de route, puis dans une pâture bien verte, enfin dans l'hacienda même. Royal !

Au terme d'une nouvelle journée parmi les camions, nous parvenons à rejoindre l'île d'Ometepe. Nous y trouvons une ambiance plus accueillante et des routes tranquilles. L'île invite à l'exploration, nous décidons d'en faire le tour. Les deux jours prévus pour couvrir la centaine de kilomètres de piste se transforment en six. Nous nous attardons principalement sur la partie orientale du volcan Maderas, qui avec ses belles forêts, ses plages secrètes et ses petits villages paisibles nous charme. Au quatrième soir, coup de fringale pour Justine. Solution radicale : la pause Coca. Ça ne suffit pas, l'épicier-médecin préconise du repos. Il nous offre l'hospitalité. Nous plantons notre tente dans la cour et devenons rapidement l'attraction du village. Sentiment étrange, sur nos vélos, nous trimballons plus de richesses qu'il y en a dans la maison de nos hôtes. Les enfants n'ont jamais vu de chambre pliable et lorsqu'on leur montre nos matelas gonflables, leurs yeux brillent. A la tombée de la nuit, les parents viennent à notre rescousse pour faire sortir tout ce petit monde de la tente. Ils nous apportent un bon repas, des fruits frais et l'assurance d'une nuit tranquille. Au petit matin, nous quittons nos généreux hôtes. Une poignée de main respectueuse à la grand-mère, elle nous demande : « Quand revenez-vous ? ». Nous repartons le cœur plus doux.
On s'autorise encore une nuit sur la belle Ometepe avant de reprendre le ferry. Nous profitons des vues splendides sur les volcans, des baignades dans les cascades d'eau fraîche et d'un coucher de soleil rougeoyant. Nous nous apprêtons à quitter un petit coin de paradis.

La route jusqu'à la frontière Costaricaine ne s'annonce pas comme une partie de plaisir, nous décidons de couvrir l'étape d'une traite. Nous longeons la rive occidentale du grand lac, sur des dizaines de kilomètres s'alignent des éoliennes modernes. Un autre grand projet va bientôt venir chambouler le paysage : un canal financé par les Chinois (pour concurrencer celui de Panama). Quid des réels impacts économiques et environnementaux ? Le sujet fait couler de l'encre.

C'est dimanche, nous passons la frontière sans encombre. Premiers tours de roue au Costa Rica, nous sommes charmés. Des bas-côtés propres, la vue qui porte loin vers les volcans et des animaux sauvages pour nous saluer. La fin de journée est plus éprouvante, il fait un vent à déplumer les toucans et nous sommes parfois obligés de mettre pied à terre pour ne pas s'envoler. Nous faisons étape à La Cruz où nous dénichons une auberge. La patronne nous annonce des rafales de vent à 180 km/h, on craint le pire pour le lendemain.
Tant bien que mal, nous arrivons à Liberia. Une escale s'impose. Gautier a crevé quatre fois en cent kilomètres. Nous changeons les pneus et installons deux nouvelles gourdes par vélo. En effet, si le vent faiblit, la chaleur s’intensifie. Ça ne fait que commencer.
Voilà un moment que nous n'avons pas vu notre cher océan pacifique, fil rouge de notre voyage. Les retrouvailles se font à Playa Hermosa, qui porte bien son nom. Escale fraîcheur trop courte dans le grand bleu, nous repiquons dans l'arrière pays, terre des « Sabaneros ». C'est ainsi que l'on nomme les éleveurs locaux, cavaliers hors pair et manieurs de lassos.
Peu avant Santa Cruz, on atteint des sommets de chaleur. L'eau fraîche puisée une heure auparavant s'est transformée en thé. Sur le pas de sa porte, une dame nous fait de grands signes. Elle nous invite à nous reposer au bord de sa piscine. Voilà qui donne le tempo, désormais entre 10h00 et 15h00, nous passerons en mode sieste !

Luis Angel a la soixantaine bien tassée. Il vend des jus d'orange pressée au bord de la route pour compléter sa maigre retraite. Stratégiquement placé : dans une côte, à quinze kilomètres du premier village. Nous sommes des proies faciles, on s'engloutit un litre de jus vitaminé. Comme il se fait tard, nous lui demandons d'un air innocent s'il connaît un endroit où nous pourrions planter notre tente... Nous installons notre campement dans son jardin, les hamacs tendus entre deux pilotis de la maison. L'ami nous indique un petit chemin qui mène en contrebas à un ruisseau d'eau claire. Idéal pour évacuer les émotions et les efforts de la journée. Nous nous décrassons et lavons nos fringues, avec sur nos visages, le sourire béat du sportif satisfait. Soudain, un singe hurleur se montre. Puis deux. Puis trois. Puis une douzaine qui nous épient. Sommes nous sur leur territoire ? On n'ose plus bouger, partagés entre fascination et intimidation. Nous restons là un moment à s'observer mutuellement. Le soleil se couche, les bruits de la jungle s'intensifient, il est temps de remonter. Nous allons faire de beaux rêves.

Nous espérons retrouver l'océan à Playa Samara. Synonyme de fraîcheur on l'espère. Que nenni, il fait encore plus chaud qu'hier. On cuit ! En haut d'une côte, un motard nous double et nous fait signe de nous arrêter (on allait déjà pas bien vite). C'est Franky. Il nous a vu dans la vallée et veut nous payer un coup. Trop sympa, il nous redonne de l'énergie pour continuer la route.
Nous sommes exténués en arrivant à Playa Samara. Le bain de mer est salvateur. Nous campons au bord de l'eau et planifions la suite. Nous avons l'intention de suivre la piste qui longe la côte. Il nous faudra plusieurs jours pour couvrir une petite centaine de kilomètres. Le sentier est compliqué, poussiéreux. Il faut traverser des rivières à guet, pousser nos vélos dans les côtes aux pentes infernales et le four affiche thermostat 7. Mais quelles récompenses chaque soir à l'installation du campement dans des endroits idylliques. Nous arrivons de nuit à Playa Islita et posons notre tente au hasard sur la plage déserte. Nous nous amusons du spectacle de centaines de bernard l'hermite qui convergent vers l'estran. Aux aurores, deux hommes en bottes équipés de sacs à dos ratissent la plage. Louche ! Nous nous levons peu après et découvrons à une vingtaine de mètres de chaque côté de notre campement des traces suspectes. Après investigation, pas de doute, des tortues marines sont venues pondre à deux pas de notre tente. Zut, on a raté l'événement. Mais bien plus grave, les nids viennent d'être pillés ! En levant le camp, nous apercevons deux aras rouges magnifiques qui viennent nous redonner le sourire.

Nous venons d’enchaîner sept journées de vélo, nous nous trouvons une petite auberge pour une journée complète de repos bien méritée. Clim à fond, barbouillés de biafine, nous regardons le XV de France se prendre une déculottée par les Gallois.
Au petit jeu des plus belles plages, nous tombons d'accord. Playa Bejuco : 10/10. Il y a tout : une longue plage de sable argenté, des rochers aux formes torturées, une mer bleu azur et la jungle qui tombe à ses pieds. Nous nous y attardons pour une partie de pêche. Comme nous vous y avons habitués, chers lecteurs, nous repartons les mains vides. L'heure du déjeuner approchant, nous décidons de faire cuire les appâts restants ! Une famille nous prend en pitié et nous fait partager son pique-nique dominical (langoustes, poissons et salade fraîche).

Nous quittons le sentier côtier à San Francisco de Coyote et retrouvons les terres brûlantes des dompteurs de vaches. A Dominicas, c'est Oscar qui nous accueille dans sa très modeste demeure. Soixante-dix ans et toutes ses dents, son secret santé : tartines miel/ail au petit déjeuner. « C'est bon pour le système immunitaire », nous dit-il. Moins pour l'haleine, pensons nous. Instit à la retraite, c'est un puits de savoir et il s'intéresse à notre aventure. Il nous parle des côtés obscurs de son pays, la corruption du gouvernement, la flambée de l'immobilier engendrée par l'investissement étranger, etc. De notre court séjour dans ce beau pays, nous préférons retenir que les mots hospitalité et générosité ont du sens ici. Oscar nous réveille au clairon à 5h00, véridique. Il nous gave de fruits, nous refusons les tartines ! Merci. Adieu.

Nous quittons la péninsule de Nicoya, qui a tenu toutes ses promesses. Direction Puntarenas et la côte pacifique sud. Nos journées sont dorénavant bien rodées. Réveil à 5h00, Justine dégonfle le matelas de son aimé pour le forcer à se lever. Paquetage, petit dej rapide, remplissage de gourdes, on est sur la route avant 6h00. Vers 10h00, il fait trop chaud, on se trouve un coin à l'ombre. On sort les hamacs, pique-nique, sieste et on attend que ça se passe. Reprise à 15h00, nous avons deux heures pour trouver un campement. Dîner gastronomique : pâtes sauce tomate comme tous les soirs. A 20h00 on s'endort sur nos liseuses.

Nous traversons des villes à l'accent gringo. A Jaco, Quepos ou Dominical, de très nombreux occidentaux sont venus s'installer avec leurs dollars. C'est ce côté bling bling et artificiel du Costa Rica qui rebute beaucoup de voyageurs. Est-ce le voyage à vélo ? Pour nous cet aspect négatif est resté à l'ombre (il a bien de la chance!). Et nous continuons de dénicher des plages secrètes et des hôtes bienveillants. Vers Manuel Antonio, nous gardons un œil sur la route, un œil sur les arbres. Pas besoin d'aller dans le parc national voisin, nous voyons des animaux sauvages partout (iguanes, fourmiliers, tatous, coatis, singes et oiseaux multicolores). Manque à l'appel le toucan, emblème national, qui, comme le grizzly d'Alaska, se fait désirer.

Le coût de la vie au Costa Rica frôle celui de la France. Il faut donc faire preuve d'ingéniosité et d'audace pour trouver des bons plans logement en zone urbaine. A Quepos, nous nous en sortons très bien en squattant un champ face à un bel hôtel. En pleurnichant un peu et exhibant nos petites têtes de cyclistes courageux, nous parvenons à attendrir Rebecca la patronne. Dans un élan de générosité, elle nous propose gratos piscine, douche, internet et repos dans le salon de l'auberge. Chut pas un mot ! Cerise sur le gâteau, un paresseux a paraît-il élu domicile dans le champ où nous campons. Nous passons la soirée à guetter la cime des arbres, en vain.
Si le Costa Rica mise beaucoup sur le tourisme vert (avec un certain succès), ce n'est pas la seule économie du pays. En allant vers le sud, nous traversons de gigantesques plantations de palmiers et de tecks. Ici il ne reste pas grand chose de la forêt humide.

Plus loin, les villages se font rares, la route serpente à travers la jungle. Lorsque les camions nous laissent tranquilles, c'est le bonheur d'être à vélo. Nous croisons parfois des compagnons cyclistes qui remontent eux vers le nord. On prend toujours le temps de s'arrêter et d'échanger quelques mots. Un jour, nous rencontrons Marcel. Parti de Toulouse il y a deux ans et demi, il a déjà fait plus de 50,000 kilomètres sur quatre continents. 65 ans et 65 kg de bagages à trimballer. On était prêt à s'arrêter, il nous donne une bonne leçon d'humilité et de courage. Nous repartons de plus belle... Plus loin, ce sont deux Belges, Éloïse et Simon sont en route pour le Mexique. Échange de tuyaux. Comme d'autres avant eux, ils nous découragent de traverser le Panama, la route est encombrée de camions et il fait, parait-il, encore plus chaud (est-ce possible?). Nous nous posons des questions...
Nous passons la frontière Panaméenne le 11 mars après vingt-six jours de pédalage depuis Managua. Les derniers kilomètres jusqu'à la ville de David sont un vrai cauchemar. Sur la quatre voies en travaux, les gros trucks américains nous assourdissent. Nous roulons dans le fossé. Nous arrivons de nuit à l'auberge. Après une douche glacée, nous avons les idées plus claires et prenons le temps de regarder dans le rétro. Avec le vélo, nous avons découvert une autre façon de voyager, qui modifie les échelles de temps et d'espace. Cette lenteur rend possible de belles rencontres, avec les autres et avec soi même. Pourtant une certaine lassitude s'est installée et nous nous sommes découvert des ennemis : le soleil, les camions, le vent, les chiens. Au départ de Mexico, nous pensions faire 4000 kilomètres jusqu'ici. Mais partis du mauvais cale pied et jouant de malchance nous n'avons pas trouvé notre rythme. Nous n'en avons fait que 1500, mais dans quelles conditions ! Nous nous consolons à dire que ça compte double.
Envie de changer de rythme aussi, mais que va-t-on faire de nos montures ? Nous avons d'autres idées derrière la tête...




Cornes d'Auroch

Une pause s'impose

Je t'ai à l'oeil

La grande bouffe

Atterrissage réussi 

Détente à Ometepe

Lavage à grande eau

Salle de jeux

Côte sauvage

En mode Robinson

Fin de journée à Ometepe

Terre des Sabaneros

Pas besoin de hurler gamin

Playa hermosa

Décrassage parmi les singes

Merci qui? Merci Franky!

Plastic-Bernard, cousin du chanteur

Aras Macao

En piste!
Une petite têtée

Normandie tropicale


Ration de secours

Attaque de frégates

Fait faim...

Autopista



Une petite baignade?

Définitivement!

Seul au monde